mardi 9 février 2010

La roublardise mexicaine

Voici les 10 premières minutes d'un des films qui a marqué mon enfance. C'est ''Picardia mexicana'', 1978, Mexique. Kitsch!

L'humour des parents Salvadoriens

Les parents Salvadoriens aiment se payer la gueule de leurs enfants, mais sans méchanceté.

Je me souviens quand ma mère me demandait d'aller lui chercher une tasse de café et que je revenais avec une tasse remplie seulement aux deux tiers. Elle me disait: ''Ben quoi, le café était trop cher?'' Et quand je lui demandait de me servir de la soupe aux frijoles, elle me demandait: ''T'en veux pour combien?'', sachant que je ne connaissais pas le fonctionnement des gargotes de rue salvadoriennes où on commande à la cenne et non à l'assiette. Mes réactions de perplexité la faisaient bien rire.

Mon père s'amusait à me poser des colles. Il me disait: ''Diga: albondiga'', qui signifie: ''Dit: andouille'' mais qui pourrait mieux de traduire en français par: ''Dit: vendredi''. Et moi je répondais invariablement: ''¡Albón!'' (''album''), ou autrement dit: ''Vendre!'', parce que je confondais les deux ''DI'' et j'entendais donc: ''Dit vendre dit''! (''Diga albón diga''.) Mon père rigolait en me flattant la tête et moi je restais perplexe sans rien comprendre.

Plus récemment, j'ai vu mon père chantonner la comptine la plus grivoise qui soit à une petite fille salvadorienne de 7-8 ans:
Elle est allée chez le barbier en haut
Elle est allée chez le barbier en bas...
La petite fille riait parce que mon père chantonnait cette comptine absurde avec un air ratoureux et parce que tous les adultes autour riaient. Elle ne comprenait pas, dans son innocence enfantine, que ''en haut'' et ''en bas'' ne faisaient pas référence à des étages, mais bien à des pilosités différentes!

Je me suis moi-même surpris à raconter des farces grivoises au jeune fils de ma meilleure amie. J'arrive à faire rire et mon amie et son fils, mais pour des raisons parallèles. On n'échappe pas à notre éducation familiale!

Pour terminer, je vous propose un vidéo pour illustrer la façon ''étrange'' qu'on les parents salvadoriens d'élever leurs enfants, façon qui peut sembler choquante pour les gens d'ici mais qui est normale et imprégnée d'amour à nos yeux:

Mi padre


Plus je vieillis, plus je vois le visage de mon père dans le miroir. On dirait qu'il m'a fait tout seul! Je dois beaucoup de mes qualités à mon père.

Mon père a toujours été un homme soucieux de son apparence, et il a voulu nous inculquer ce souci. Il disait toujours: ''Un homme doit avoir l'air d'un homme!'' C'est lui qui m'a enseigné à repasser mes chemises, parce que pour un Salvadorien, porter une chemise froissée, c'est être chusma, ou ''B.S.''. Quand j'avais à peine 5 ou 6 ans, il m'a acheté un peigne en acier inoxydable comme il ne s'en fait plus aujourd'hui et il m'a enseigné à bien peigner mes cheveux sur le côté, en prenant soin de faire une raie bien droite. Je devais être le petit bonhomme le mieux peigné à l'école! Aussi, c'est lui qui nous coupait les cheveux. Il nous faisait une coupe sévère, presque militaire. Ou sinon, il nous amenait chez un barbier italien de la vieille école, le genre qui ne connait que les coupes d'avant l'époque des hippies.

Mon père a aussi toujours exigé que nous soyons les meilleurs à l'école. Pas que nous donnions un bel effort: que nous soyons les MEILLEURS! Ce n'est pas pour rien que nous étions toujours dans le top 3 de nos classes, tout là-haut avec les petits Vietnamiens aussi disciplinés que nous. Aussi, ne pas obtenir de diplôme universitaire est considéré comme une honte dans notre famille. C'est pourquoi nous sommes tous diplômés. Tout le monde dans ma famille est hautement éduqué, et avec mon simple baccalauréat en Littérature, je suis le cancre de la famille!

Mon père m'a aussi transmit l'amour de la bonne chère. Quand ma mère est retournée au travail après nous avoir bien élevés, et que ma grand-mère, qui avait prit son relai, est décédée, nous n'avions plus quotidiennement accès à une nourriture salvadorienne fraîchement cuisinée comme avant. Mon père nous amenait donc dans son ''restaurant'' favori: chez Niña Rosa. Le restaurant de la mère Rosa est en fait la cuisine de son appartement, et elle pratiquait le commerce à la façon salvadorienne: sans permis et selon les moyens du bord. Elle cuisinait la meilleure sopa de mariscos (soupe crémeuse avec une quantité formidable de poisson, mollusques et crustacés) qu'il m'ait été donné de déguster. Et mon père disait toujours: ''¡Ay, que rico! Ça c'est de la vraie bouffe! Les enfants: dans la vie, il ne faut pas être dépensier. Mais il y a une chose pour laquelle il ne faut pas ménager son argent: la bonne bouffe, saine et délicieuse. Parce que la bonne bouffe c'est la base de la santé, et la santé c'est la base de tout le reste.''

Jusqu'à ce jour, je n'ai jamais oublié ces paroles de sagesse.

lundi 8 février 2010

En écoutant des rancheras


Certaines conversations et rencontres récentes m'ont fait replonger dans mon enfance. En écoutant des vieilles rancheras, ou sérénades tristes salvadoriennes (pensez ''mariachi''), je me laisse flotter dans ces souvenirs qui semblent provenir d'une autre vie, d'un autre monde.

Je suis aujourd'hui si assimilé à la culture occidentale que parfois, mes propres compatriotes me semblent étrangers. Et c'est réciproque. Quand je suis retourné au Salvador il y a trois ans pour la première fois depuis presque 30 ans, je me suis souvent fait demander: ''Vous, monsieur, d'où venez-vous?'' Et moi de répondre: ''Mais je suis né ici, dans la Capitale (San Salvador)!''

Maudit accent Québécois!

Je me souviens des folies de jeunesse de mon père. Mon père conduisait une Colt conçue pour pas plus que 5 personnes, mais je me souviens de la fois où, au début des années 1980, il avait réussi à y entasser 11, 13 personnes parce que la famille étendue n'avait pas d'autre véhicule! Et ¡Órale!, des enfants sur les genoux de tout le monde, et d'autres par terre! Quand mon père apercevait une auto-patrouille de la police de Montréal, il nous disait: ''Tout le monde baisse la tête ou sinon los cuilios vont me coller une amende!''

Quand mon père allait faire le plein d'essence chez Texaco (qui aujourd'hui n'existe plus ici), il brassait toujours la voiture pour s'assurer que le réservoir à essence soit rempli jusqu'à la dernière goutte. Nous aimions que notre père brasse la voiture, parce que ça transformait notre banquette arrière en manège amusant. Et quand il revenait dans la voiture, il s'amusait à dire: ''Hoy si que la dejé erutando!'', ''Ce coup-ci, je l'ai vraiment laissée (la voiture) en train de roter!''

Un matin, je me suis réveillé au son des rancheras que mon père chantait dans le sous-sol en grattant habillement une guitare que j'ai toujours trouvée injouable. Mon père avait une belle voix et il y mettait toute son âme. Les rancheras sont si tristes!

Oui, les pères Salvadoriens sont de grands sentimentaux, malgré la dureté avec laquelle ils nous élèvent. Les pères Salvadoriens sont durs. Ils nous élèvent ''a puras piedras'' comme on dit au Salvador, ce qui veut dire quelque chose comme ''à coup de pierres'' ou ''à la dure''. Ils veulent faire de nous des purs et durs. Mais, une demi-bouteille de rhum dans le gosier, et les voilà en train de nous dire combien ils nous aiment, en pleurant!

J'aime mon père, ce vrai de vrai!


Pour écouter une ranchera, cliquez sur la fenêtre ci-dessous et attendez 10 secondes que le son se replace:

El frijolero


Bon assez parlé de politique et assez critiqué la société. Les gens sont plus importants que toutes ces conneries. Parlons de moi, ha ha!

Je suis un frijolero. Prononcez en roulant bien les R et en aspirant le H. Frijolero vient de frijoles, qui veut dire ''bines'' en espagnol, notre langue paternelle. (Nos langues maternelles amérindiennes ont été éradiquées par nos ancêtres Conquistadors Espagnols.) En bon Québécois, donc, je suis un ''mangeux de bines'', c'est-à-dire un Latino.

Car nous autres, les Latinos, nous en mangeons des frijoles, en quantités industrielles! La base de notre alimentation traditionnelle provient de notre terroir ''amérindien'': bines, maïs, patates. Nos légumes favoris aussi sont indigènes d'Amérique: poivrons, piments, tomates, avocats, manioc, chayote. Nos condiments favoris, par contre, sont originaires d'Eurasie: oignons, ail, coriandre. Ajoutons à ces ingrédients le poulet, le porc et le boeuf et le riz, tous exogènes (je crois), et nous pouvons déjà cuisiner 90% des mets Salvadoriens. Mais il ne faut surtout pas oublier la coriandre: il faut de la coriandre!

Je compare cette diète avec celle de nos hôtes québécois. Leur alimentation fait une place d'honneur à notre patate et à notre ''blé d'inde'', mais pas à nos frijoles. Le système digestif des gringos n'est pas fait pour digérer toute cette protéine végétale coriace. Il faut être un frijolero comme moi pour pouvoir manger des tonnes de bines sans souffrir de gaz embarrassants!

samedi 6 février 2010

L'anti-conformisme comme forme de conformisme

Nous savons qu'un individu a mentalement atteint l'âge adulte quand son identité, ses comportement et son style ne sont plus un statement contre le ''conformisme'' de la ''majorité''.

Je trouve cela amusant de voir des jeunes anticonformistes adopter une forme pré-mâchée de contestation qui ressemble drôlement à du conformisme. Je prends l'exemple des Emos. Ces jeunes gens, pour se différencier de la masse, deviennent des copies carbone les uns des autres. Plus conformiste que ça...! Par exemple: les jeunes hommes Emos aspirent à brouiller leur identité sexuelle pour, je spécule, contester nos stéréotypes sexuels et faire chier papa. Ils ont tous la même coupe de cheveux efféminée qui leur cache la moitié du visage, mettent du noir autour des yeux, portent tous les mêmes t-shirts et jeans ultra-serrés qui leur écrasent les couilles et les fond ressembler à de petites filles mal développées physiquement, et ils prennent tous soin de faire dépasser leur petite culotte de leur pantalon à taille trop basse. Le capitalisme a bien sûr récupéré cette tendance et il y a maintenant toute une gamme de produits destinés à permettre à ces jeunes de cultiver leur contestation tout en enrichissant ceux qu'ils contestent!

Mais on ne leur en veut pas. Ils sont jeunes et ça va leur passer. N'empêche que c'est déplaisant à voir pour un homme tel que moi qui vient d'une culture machiste et d'une époque où les hommes étaient fiers d'êtres des hommes. Si tu t'habilles comme une petite fille, attends toi pas à ce que je te traite comme un homme!

vendredi 5 février 2010

¿Te gusta la comida salvadoreña?


Quand j'étais enfant, nous mangions toujours en famille. Chacun avait sa place assignée: le père au bout de la table sur la seule chaise ayant des accoudoirs, la mère à sa gauche puis les quatre enfants en ordre décroissant d'âge. On se serait cru dans un épisode de Papa a raison.

Le déjeuner était souvent le même: huevos picados (oeufs brouillés avec tomate et oignon hachés), frijoles fritos (fèves salvadoriennes en purée, sautées), tortillas (galettes de farine de maïs, que je trouve aujourd'hui inmangeables!), platanos fritos (tranches de bananes plantain sautées), tranches d'avocat, le tout servi avec crème sûre et chirmol (accompagnement à base de tomates, oignons, piments et coriandre hachés + jus de citron + sel).

Il y avait toujours une bouteille de Tabasco sur la table, parce que mon père était un drogué aux piments forts. Il mettait de la sauce piquante sur tout! Il me disait toujours: ''Allez, sois pas peureux, mets un peu de Tabasco dans ton assiette, c'est délicieux!'' C'est grâce à lui que j'ai développé un goût, et une tolérance, et une dépendance pour le piment!

Avez-vous déjà remarqué que souvent les Latino-américains récemment immigrés ici sentent la friture? Ce n'est pas par malpropreté. Nous sommes au contraire des gens très soucieux de notre hygiène corporelle. Nous devons tenir ça de nos ancêtres Amérindiens, qui étaient bien plus propres que nos ancêtres Espagnols, les Conquistadors, qui comme les Européens de la Renaissance, ne se lavaient pas souvent. Si nous sentions la friture, c'est parce que nous ne mangions pas du prêt-à-manger inodore et insipide, que nos mères cuisinaient toujours, que notre cuisine est grasse et que nous ne pensions pas à aérer nos logements!

Les premières fois que nous avons été invités à des fêtes chez les épouses Québécoises de certains de nos oncles paternels, ma mère rouspétait. ''On nous invite à faire la fête, mais on ne nous offre pas à manger!'', disait-elle. Et elle se sentait offensée quand on nous servait des légumes crus comme amuses-gueules. ''De quoi on a l'air, de cochons? Comme si on est supposé manger des légumes pas cuits! Les femmes Québécoises devraient apprendre à cuisiner et à recevoir!'' disait-elle encore, une fois revenus chez nous. Premier choc culturel. Il faut dire que les Salvadoriens ont comme coutume de toujours offrir un repas formel à leur invités. C'est une question d'hospitalité et de réputation! Il faut aussi dire que l'idée de manger des légumes crus nous semble farfelue, vu que notre cuisine fait dans le surcuit pour des questions d'hygiène (il court plus de microbes en Amérique Latine que dans les pays aseptisés du Nord). Il n'y a que les fruits que nous mangeons crus, et seulement après les avoir lavés au savon!

Quand la nouvelle épouse de mon père est venue au Canada, j'ai voulu l'inviter à manger du sushi. L'idée de manger du poisson cru la fait blêmir! ''C'est pas bon pour la santé, ça donne des vers au coeur'' m'a-t-elle dit. Et elle chicane toujours mon père quand il mange du boeuf saignant ou, sacrilège, du boeuf tartare. Ce n'est pas pour rien que mon oncle originaire du Lac St-Jean se plaint toujours que son épouse, la soeur de ma mère, cuit toujours trop la viande de bois qu'il rapporte de ses expéditions de chasse! Manger de la viande pas assez cuite peut s'avérer mortel dans les pays au climat tropical, et ma tante n'arrive pas à se défaire de ses vieux réflexes culinaires.